Le Carmel de Mazille en Bourgogne
Voici une méditation donnée durant la messe du Carmel de la Paix à Mazille (Bourgogne), dans le cadre de la retraite de la Compagnie des pasteurs et diacres de l’Église protestante de Genève, du 1er au 3 avril 2025
Le thème de cette retraite était la parole de Jésus à ses disciples : « Et vous, qui dites-vous que je suis » ? Une parole qui a traversé les siècles et que Jésus repose à chaque génération.
Le premier jour, nous avons parlé de notre relation personnelle avec le Christ, en partageant en sept minutes nos « itinéraires de vie et de foi», selon la méthode du Forum chrétien mondial. Un moment béni et riche de découvertes des uns et des autres.
Le deuxième jour, nous avons vécu une lectio divina participative sur le début de la première lettre de Jean, avec le livret de l’École de la Parole en Suisse romande. Ce texte affirme avec force le mystère de l’incarnation de la Parole éternelle de Dieu. L’après-midi nous avons travaillé dans les vignes du monastère
Jésus, Dieu devenu homme, c’est aussi ce qu’a exprimé le Concile de Nicée en 325. Il y a donc 1700 ans, à une époque où sa divinité était remise en question de diverses manières. Le troisième jour, nous avons eu un temps de réflexion sur le credo de Nicée et nous nous demanderons comment dire aujourd’hui le mystère du Christ, à la fois « vrai Dieu » et « vrai homme », selon ce credo.
Jésus, l’égal de Dieu !
Le texte de l’Évangile de ce jour (2 avril) tombe bien, car c’est un des passages où la divinité de Jésus est énoncée avec le plus de force. (Jean 5,17-39). Je le reçois comme un « clin Dieu », un signe de son amour pour nous !
Relisons quelques versets de ce récit ! Il nous est dit que les autorités cherchaient à tuer Jésus, « car non seulement il ne respectait pas le sabbat, mais encore il disait que Dieu était son propre Père, et il se faisait ainsi l’égal de Dieu ».
Durant son procès, c’est justement sa prétention à être l’égal de Dieu qui a signé son arrêt de mort.
A trois reprises, il introduit ses paroles par un solennel « Amen, amen, (ou en vérité, en vérité) je vous le dis » afin d’attirer notre attention sur l’importance de ses déclarations dans lesquelles il révèle la profonde intrication entre le Père et le Fils : l’un ne fait rien sans l’autre :« Amen, amen, je vous le dis : le Fils ne peut rien faire de lui-même, Il fait seulement ce qu’il voit faire par le Père ; ce que fait celui-ci, le Fils le fait pareillement »
Un peu plus loin, Jésus affirme qu’il a reçu du Père trois pouvoirs divins : celui de ressusciter les morts, de juger les vivants et les morts, et de donner la vie éternelle.
La conséquence est que Jésus doit être honoré, prié et adoré comme le Père « afin que tous honorent le Fils comme ils honorent le Père. Celui qui ne rend pas honneur au Fils ne rend pas non plus honneur au Père, qui l’a envoyé ».
Le témoignage de foi des martyrs.
Cette foi a habité tant de croyants depuis les temps apostoliques. Une nuée de témoins nous a précédés et nous accompagne aujourd’hui dans notre chemin de foi
Deux expériences œcuméniques récentes m’ont rappelé cette nuée de témoins. La première, je l’ai vécue la semaine dernière dans le cadre d’un congrès œcuménique du mouvement des Focolari, à Rome. Une des journées a consisté en un pèlerinage sur les traces des premiers chrétiens qui ont donné leur vie pour l’Évangile dans cette ville.
Les martyrs n’appartiennent pas plus à une Église qu’à une autre. Ils ne séparent pas, mais dans la communion au Christ, ils unissent les chrétiens désunis. Comme aussi, les chrétiens persécutés aujourd’hui à cause de leur foi sont des ponts d’unité.
Nous nous sommes rendus, entre autres, à la basilique des « Trois Fontaines ». À côté de celle-ci se trouvent deux églises circulaires qui gardent le souvenir de la prison et de la décapitation de l’apôtre Paul, ainsi que du martyre du tribun Zénon et de ses compagnons soldats chrétiens.
A l’intérieur, se trouve une inscription gravée en latin : « Sous cette église reposent dans la paix du Christ les dix mille deux cent trois soldats de la légion de saint Zénon ».
Ce lieu m’a particulièrement touché. Ces événements ont eu lieu vers l’an 300 sous la très dure persécution de l’empereur Dioclétien. Environ vingt-cinq ans avant le Concile de Nicée.
Ces dix mille martyrs ont payé du prix de leur vie la confession de Jésus comme « Vrai Dieu » et « Vrai Homme ».
Le « Vrai Dieu » confessé dans le crédo de Nicée, c’est Lui, pas l’Empereur ! Pour rien au monde, ces courageux soldats n’auraient renié la foi qu’ils ont reçue des Écritures : « C’est lui le Vrai Dieu et la Vie éternelle », dit la première lettre de Jean (I Jean 5,20).
Au Concile de Nicée, plusieurs évêques portaient sur leur visage les traces des maltraitances qu’ils ont reçues à cause de la « haine de la foi ». Pour eux, confesser le Christ « vrai Dieu » n’était pas un exercice théologique, mais une question de mort ou de vie éternelle.
Etre témoins du Christ ensemble
La seconde expérience œcuménique, je l’ai vécue il y a un mois à Genève, dans le cadre d’un rassemblement international de l’initiative JC2033, qui invite à préparer dans l’unité les 2000 ans de la résurrection de Jésus, en 2033, et à laquelle je collabore depuis quelques années.
Des chrétiens et des chrétiennes d’horizons divers sont venus de 35 pays. Certains nous ont partagé cette « haine de la foi » qu’ils subissent dans des pays comme le Pakistan, le Nigéria, la Mauritanie ou l’Iran. Aujourd’hui aussi, une nuée de témoins confesse le Christ dans des situations très difficiles et a besoin de nos prières.
Une des conférences marquantes de cette rencontre a été celle de Jerry Pillay, le secrétaire général du Conseil œcuménique des Églises sur « l’importance de l’unité des chrétiens pour le pèlerinage œcuménique vers 2033 », qui nous a dit : « Notre tâche est de partager notre foi en Jésus-Christ avec le monde. Cette année 2025 marque le 1700e anniversaire du premier concile œcuménique de Nicée. Il est important que les chrétiens saisissent cette occasion de travailler ensemble, de montrer au monde que nous sommes unis, faits un en Jésus, notre Seigneur. Quel témoignage puissant, cela serait dans le monde ! Les célébrations de Nicée devraient être l’occasion de travailler à l’unité des chrétiens alors que nous nous dirigeons vers 2033 » !
Une prière pour la paix et la réconciliation
Chères sœurs du Carmel de la Paix, j’ai été touché de lire sur la porte d’entrée cette parole de la lettre de Jean : « Nous avons connu l’amour et nous y avons cru ». En croyant à cet amour du Fils incarné, livré et ressuscité, vous avez reçu un puissant charisme de prière, de réconciliation et de paix.
Je vous invite dès aujourd’hui à prier pour ce chemin d’unité vers 2033. Pourquoi ne pas le faire chaque jour à 20h33 ? (JC2033 propose de « prier pour trois amis à 20h33)
Pour nous y stimuler tous, j’aimerais vous laisser cette prière que Margaret Karram a prononcée dans la basilique Saint-Paul hors-les-murs, où nous avions conclu notre pèlerinage romain sur la trace des martyrs.
Margaret est une citoyenne d’Israël, arabe et palestinienne chrétienne. Elle est présidente des Focolari, et habitée par une profonde aspiration à la paix.
Voici un extrait de sa prière à Jésus, le prince de la paix :
« Voici ce que je vous commande : aimez-vous les uns les autres » (Jean 15,16)
Jésus, avec la joie et l’espérance dont Tu as témoigné le premier, donne-nous tes yeux, afin que nous puissions reconnaître ton visage en chaque personne qui souffre, en chaque tragédie, dans chaque doute, dans chaque « pourquoi » !
Donne-nous tes bras, pour que nous puissions aider, soutenir, soigner tous ceux que nous rencontrons ; et donne-nous ton cœur, pour que nous puissions nous aimer les uns les autres et contribuer à réaliser ton testament, le plus grand don pour toute l’humanité : « Que tous soient un ».
Bénis notre désir d’unité pour être dans le monde des témoins crédibles et des pèlerins d’espérance !
Amen
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